Petits plats en musique… classique!

Petits plats épicés et enchantés

Si on parle d’art culinaire et d’art musical, on ne désigne comme artiste que celui qui pratique le second. Et leur différence ne s’arrête pas là. Ne dit-on pas: “chanter comme une casserole”? S’envole alors soudainement le délicieux et presque imperceptible mijotement des petits plats qui cuisent… pour ne retenir que la désagréable cacophonie de nos marmites! Et pourtant, la création musicale et la cuisine ne sont, dans l’histoire, pas si éloignées. Après notre Nouvel An à Vienne, partons arpenter les chemins du grand répertoire qui n’ont cessé de croiser ceux de notre gastronomie.

Petits plats en trompette… de la mort?

Avez-vous déjà remarqué le nombre d’analogies entre le vocabulaire culinaire et musical? On parle d’un piano de cuisine orchestré par les talents de son chef. Les casseroles sont rangées en batterie tandis que nous buvons notre champagne dans une flûte. Nous couvrons d’une cloche les petits plats chauds tout juste préparés tout comme nous découpons notre volaille avec un diapason ou taillons nos légumes avec une mandoline. Un tournedos ne serait pas complet sans Rossini, il manquerait à la carte la Pêche Melba du nom d’une célèbre cantatrice australienne, le Mozart de Pierre Hermé ou encore l’Opéra, ce délicieux entremet au chocolat et au café. Ces similitudes ne tiennent pas seulement au vocabulaire, l’histoire nous montre également la relation étroite entre nos assiettes et nos oreilles.

Art culinaire et musique dans l’histoire

Le lien créé pour harmoniser les goûts et l’ouïe n’est pas nouveau. Dès l’Antiquité et jusqu’au Moyen-Age, il n’est pas concevable d’accueillir ses hôtes à dîner sans musique. Lully, surintendant de la musique de la Chambre du roi, compose pour les repas de Louis XIV. Telemann publie son recueil de Musique de table (Tafelmusik) en 1733 et signe ainsi une de ses œuvres les plus connues. Mozart et Beethoven eux-mêmes composent des divertimenti pour agrémenter les tables des grands de leur temps. Rossini, grand amateur de gastronomie et de bons vins ne “tourne pas le dos” à écrire des œuvres pour chacun des petits plats salés ou sucrés qu’il affectionne. On lui doit cette citation éloquente qui illustre parfaitement sa philosophie: «Ce que l’amour est au cœur, l’appétit est à l’estomac. L’estomac est le maître de musique qui freine ou éperonne le grand orchestre des passions; […] Manger et aimer, chanter et digérer sont les 4 actes de l’opéra bouffe qui a pour titre la vie. […] Celui qui la laisse s’enfuir sans en profiter n’est qu’un fou». Plus récemment, en 1947, Léonard Bernstein met en musique quatre recette dans La bonne cuisine.

Quel air résonne dans votre cuisine?

Alain Chapel, grand chef des années 1970 et ami de Bocuse aimait écouter la Callas pour trouver la plénitude en cuisinant. C’est un oratorio de Haendel qui donne à Thierry Marx l’inspiration pour ses nouvelles créations. Nous ne sommes ni Mozart, ni Pierre Hermé, mais une étude de 2017 montre que nous serions plus de 91% à écouter de la musique en préparant les repas. Et je crois que si je devais choisir l’œuvre qui m’apporte le plus de bien-être au moment où je découpe mes légumes avant de les entendre joyeusement crépiter dans la poêle, j’opterais sans hésiter pour le Concerto pour Violon de Beethoven. Et vous, quelles sont les mélodies qui accompagnent vos moments passés derrière les fourneaux?

Musique: la féerie d’un Nouvel An à Vienne

Il était temps, plus que temps me direz-vous, de conclure cette année 2020. Confinements, gestes barrières, distanciation sociale, clusters et mon petit préféré du printemps: plages dynamiques (vous en souvenez-vous?) font désormais partie de notre vocabulaire quotidien. Quelle meilleure échappatoire que de commencer la nouvelle année en musique? Laissez-vous guider: je vous emmène à Vienne écouter le concert du Nouvel An et découvrir, au gré des ruelles et au son d’une valse, une ville si riche d’histoire qu’elle a bien mérité son titre de capitale européenne de la musique classique. C’est parti, suivez-moi!

Fêter la nouvelle année en musique

Embarquons tout de suite, destination Vienne et son célèbre concert du Nouvel An. Cette année encore, l’orchestre Philharmonique de Vienne nous offrira son traditionnel événement du 1er janvier. Mais comme rien n’est décidément “normal” en cette fin d’année, il se tiendra sans public. Sans public physique du moins, car il est encore possible de s’inscrire en ligne pour participer au concert virtuel. Saviez-vous qu’il s’agit de la représentation de musique symphonique la plus regardée à la télévision dans le monde? 50 millions de téléspectateurs, à faire pâlir les plus grandes vedettes! Plongeons dans les coulisses d’un succès planétaire.

L’histoire troublée du concert du 1er janvier

Si le concert annuel du Nouvel An est désormais un événement festif et joyeux, ses débuts furent pourtant sombres. C’est en pleine montée en puissance de l’Allemagne nazie et alors que l’Autriche vient d’être annexée, qu’aura lieu le premier concert du Nouvel An. Il s’agissait au départ d’un événement faisant partie de la Winterhilswerk, la campagne hivernale annuelle du parti nazi pour soutenir l’effort de guerre. Il fallait remonter le moral des troupes. Le choix d’un répertoire joyeux et en levée, les désormais célèbres valses et polkas de Johann Strauss fils, fut tout naturel. C’est donc un orchestre aryanisé qui présenta un programme célébrant l’union politique et idéologique avec le IIIème Reich. Si la lumière a été faite bien plus tard sur les origines troubles de cet événement, c’est désormais un épisode tout à fait assumé par les Autrichiens.

L’orchestre philharmonique de Vienne

Si le nom de Strauss est désormais indissociable de celui de l’orchestre, c’était bien différent au XIXème siècle. L’ensemble orchestral des débuts acceptait mal la musique populaire de Strauss qui n’était, selon les musiciens, pas de leur niveau. La date de sa création reste cependant incertaine mais semble remonter à 1842. Il s’appelait alors “Académie philharmonique”. C’est un ensemble qui revendique depuis sa naissance une autonomie financière, artistique et logistique. Si les chefs permanents se succèdent jusqu’à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, et pas des moins célèbres: un certain Gustav Mahler dirigea son tout premier concert à l’étranger au XXème siècle naissant, l’orchestre a ensuite abandonné les chefs permanents et a choisi ses chefs invités et triés sur le volet. Considéré aujourd’hui comme l’un des meilleurs ensembles symphoniques du monde, sa réputation n’est plus à faire et ravit chaque année spectateurs et téléspectateurs du monde entier. Si Vienne doit beaucoup à son Philharmonique, elle regorge par ailleurs de petits trésors culturels et architecturaux qu’il serait dommage de ne pas visiter, quand la situation nous le permettra, à Nouvel an 2022, espérons-le!

Déambuler au son d’une valse viennoise

Partons maintenant à la découverte de la capitale européenne de la musique classique. Et pour ne pas gâcher votre plaisir, enfilez vos écouteurs et profitez des Valses viennoises de Strauss. Laissez-vous guider dans les grandes avenues et petites ruelles du centre-ville. Vienne regorge de petits et grands trésors pour les amateurs de belles pierres et d’histoire musicale.

Là où résonne la composition viennoise la plus célèbre

Situé en plein cœur de Vienne, le Musikverein ne manquera pas de vous éblouir par la beauté de son architecture. C’est là que se tient chaque année le concert du Nouvel An. Il est le décor idéal pour se plonger, au son du Beau Danube bleu, dans la Vienne resplendissante du XIXème siècle. Sa Salle Dorée, toute en dorures et fresques murales, rend possible ce voyage dans le temps. Elle ne contient pas moins de 1744 places assises et 300 places debout. Je vous laisse imaginer l’atmosphère incroyable quand l’Orchestre Philharmonique se met à jouer, au milieu de 2000 personnes, entre mélange de parfums et souffles retenus au gré des notes

Là où Mozart composa une partition fameuse

Impossible d’aller à Vienne sans parler d’un des compositeurs autrichiens les plus célèbres. C’est dans la rue Domgasse que se trouve une des nombreuses demeures que Mozart habita à Vienne entre 1784 et 1787. C’est la dernière maison du compositeur existant encore à ce jour. C’est également là qu’il composa l’un de ses plus célèbres opéras: la partition des Noces de Figaro. Complètement rénovée en 2004, elle est désormais un musée consacré à la vie et à l’œuvre du compositeur, incluant dans la visite les pièces dans lesquelles Mozart a vécu. Et on dit même que c’est dans ces lieux qu’il aurait connu les années les plus heureuses de sa vie, étant alors un artiste reconnu entouré d’amis illustres pour lesquels il n’hésite pas à se produire dans l’intimité des salons mondains viennois.

Là où se mêle l’harmonie des voix et des instruments

Terminons notre tour des curiosités culturelles de Vienne, bien loin d’être exhaustif, avec la visite de l’Opéra d’Etat. Inauguré en 1869 avec le Don Giovanni de Mozart, c’est Gustav Mahler qui, à partir de 1897, donna ses lettres de noblesse à ce lieu en ouvrant le répertoire sur les créations musicales de l’époque et en laissant une belle place au répertoire lyrique slave. De rendez-vous mondain, l’opéra devient, sous la direction de Mahler, un véritable lieu de culture avec l’instauration des lumières éteintes durant la représentation et d’une mise scène digne d’une œuvre d’art. Sa réputation n’est aujourd’hui plus à faire: avec son <strong> orchestre</strong>, le Philharmonique de Vienne, son ballet de renom ainsi que les plus grands noms du chant lyrique, il n’abrite pas moins de 50 opéras et ballets par saison, ce qui en fait le lieu incontournable de la musique lyrique en Europe.  Je vous laisse découvrir la diversité de la saison 2020-2021. Si cette programmation garantit le plaisir des yeux et des oreilles, le bâtiment en lui-même est aussi un petit bijou qui vaut le détour. Admirez sa beauté ci-dessous.

Continuez la mélodie…

Ne vous arrêtez pas là: laissez-vous aller au son d’une douce mélodie à une promenade sur les rives du Danube et, quand le vent froid de janvier vous aura suffisamment transi, n’hésitez pas à pousser les portes d’une brasserie viennoise pour vous réchauffer. Vous en conviendrez, la découverte d’une nouvelle ville ne peut pas exister sans en faire profiter vos papilles! Goûtez l’escalope viennoise et le goulash traditionnels en les accompagnant d’une bière brassée à Vienne. Je vous laisse en profiter pleinement et reviens très vite pour justement vous parler de cuisine et de musique. Bis bald!

L’Opéra d’Etat de Vienne, haut lieu de musique de la capitale autrichienne